Pour Mounir, c’est le moment d’affirmer la citoyenneté en Algérie

Mounir bataille pour un autre développement. Réaliste, pragmatique il s’interroge, il doute et pourtant il y croit. L’histoire est pesante, nous sommes en Algérie où la tendance est plus au dirigisme qu’à l’écologie politique, mais cela n’empêche : le défi est là, la volonté d’agir sur les équilibres écologiques et d’inventer la citoyenneté y suffit, avec l’aide d’une association bien sûr : l’AREA-ED !



L’Association de Réflexion, d’Echange et d’Action pour l’Environnement et le Développement (AREA-ED) a fait du chemin depuis sa naissance en 1993. Née à la suite d’une rencontre internationale en Algérie, l’association a animé entre autre le chantier Maghreb de l’Alliance pour un monde responsable pluriel et solidaire (de 1997 à 1999), le programme éducatif Enfance et eau, elle participe au montage du réseau maghrébin de lutte contre la désertification, puis lance un projet « biosécurité » et, passons le reste pour l’instant, souhaite aujourd’hui remettre en marche le moteur de l’Alliance dans le Maghreb. Prometteur non ?

La naissance de l’AREAD-ED remonte à 1993. A Oran en Algérie, se tient une rencontre ambitieuse sur les responsabilités humaines dans les déséquilibres planétaires. Le rendez-vous est concocté par une équipe algérienne dont Mounir et des dames que l’Alliance connaît bien, Nacera Aknak-Khan, Nadia Aissaoui et est soutenue par la fondation Charles Léopold Mayer. La rencontre révèle une grande motivation parmi les participants, dont beaucoup sont algériens, pour se mettre en relation et révèle un autre désir pressant : celui de faire des ponts entre le développement et l’environnement, entre les différents échelles d’intervention, entre l’action et la réflexion. L’AREA-ED naît de cette circonstance et fait route avec le Réseau d’Echanges Multidisciplinaire pour l’Environnement et le Développement (REMED) créé un peu plus tôt à l’occasion d’une rencontre sur le même thème en France.


« L’environnement, l’écologie nous demandent d’être multidimensionnel, de combiner les échelles de travail et d’intégrer l’action des uns et des autres. La pratique du terrain est essentielle pour se confronter au réel, et en même temps l’action sur la biosphère ne peut pas se faire sans agir à l’échelle globale. Il faut donc rapprocher les échelles, décompartimenter, être transversal, et associer tous les acteurs. Ce qui n’est pas une mince affaire ! L’AREA-ED tente de répondre à cette gageure et à un défaut d’organisation des acteurs en Algérie. Pour cela, trois modes d’action nous paraissent primordiaux :
- l’échange d’information et de l’expérience,
- la construction des liens, la gestion des relations et la coopération à différents niveaux,
- la formation et le renforcement des capacités ».


Après des débuts tâtonnants, l’association en vient à cibler trois questions : la protection de la biodiversité, la lutte contre la désertification et la gestion de l’eau. Elle déploie progressivement sur ces trois volets sensibilisation, formation, renforcement du mouvement associatif et partenariat d’échelon international et méditerranéen. C’est à ce moment qu’elle participe à l’invention de l’Alliance en animant un cycle d’ateliers et d’échanges entre algériens, tunisiens et marocains dans le cadre du chantier géoculturel de la région Maghreb.
« Le monde se portait mal. L’impérialisme des multinationales, la solidarité entre détenteurs de capitaux, la crise algérienne reflétant les antagonismes entre le Nord et le Sud, entre la modernité et le fondamentalisme, la démocratie et la dictature. Ne voyant pas de changements venir, l’Alliance représentait un germe d’organisation mondiale de la société civile, un contre-pouvoir des forces dominantes, un organisation des peuples unis. Nous avons animé passionnément les échanges dans l’ensemble géoculturel maghrébin, puis nous avons enchaîné sur la rencontre continentale du monde arabe, ces processus devant préparer l’Assemblée mondiale de citoyens de 2001. L’expérience a été passionnante. Nous n’avons pas été jusqu’au bout car l’Alliance à un moment donné nous a échappé. La fin du soutien de la fondation Charles Léopold Mayer après les chantiers géoculturels, la Caravane africaine pour la paix et la solidarité dans laquelle nous n’avons pas trouvé de place nous a fait prendre des distances. Dommage ! Quoi qu’il en soit, je trouve qu’il y a trop d’intellectualisme dans les travaux de l’Alliance et de la fondation Charles Léopold Mayer. Les idées ont du mal à toucher le quotidien, moyennant quoi il faudrait les rendre accessibles et pédagogiques ».


Forte de cette histoire, l’AREAD-ED se définit aujourd’hui avec un bagage sérieux d’expertise dans le domaine de l’environnement, d’un carnet d’adresse important et d’un certain nombre de projets. Pour en citer les principaux :

- le programme éducatif « Enfance et nature » soutenue par l’Union européenne et la société de télécommunication Djezi (mobilisation d’une quinzaine d’associations algériennes, production d’un cahier pour enfant, atelier de formation, concours éducatif et rencontre finale)

- le programme « biosécurité » avec la coopération allemande (GTZ) et BEDE ; il s’agit de renforcer les capacités d’expertise de la société civile sur le protocole de Carthagène sur la biosécurité

- la participation au Réseau d’Echanges Méditerranéen pour l’Education à l’Environnement (REMEE) qui entrera dans une nouvelle étape en mars 2005 avec une charte et un plan d’action

- la co-animation du réseau nord-africain de lutte contre la désertification

- l’appui au montage d’un centre d’interprétation sur Tipaza.

« Nous avons besoin aujourd’hui d’élargir l’équipe de travail et les partenaires de l’AREAD-ED. L’équipe, parce que notre charge de travail augmente et nécessite de mieux répartir les tâches de gestion, de direction et d’animation. Le rangement et le partage des informations me paraît capital. Nous sommes deux, avec Mira Chalal qui est une collaboratrice hors-pair, à assurer beaucoup de ces fonctions pour un budget annuel d’environ 50 000 euro, c’est un peu court ! .


Toujours est-il que les challenges sont là. Comment faire pour que la société civile s’approprie les problèmes et construise son avenir ? Comment faire pour inventer d’abord puis développer ensuite la citoyenneté ? Comment promouvoir un développement économique et urbain en accord avec les équilibres écologiques ? Comment faire pour que l’éducation des jeunes leur permette de s’impliquer dans l’avenir ?

La citoyenneté est à inventer en Algérie. Dans une culture très marquée par le terrorisme islamique, la mainmise et le monolithisme de l’Etat et du pouvoir, la pensée et la conscience citoyenne sont en miettes et dépressionnaires. Les citoyens n’ont pas conscience de pouvoir intervenir sur la vie collective. Je le vois sur le terrain : l’individu attend et dépend de l’Etat. Les résistances sont difficilement visibles et les algériens sont très polis : ils peuvent adhérer à une cause, à une alternative, mais ils se replient sur leurs repères et leurs habitudes. Qui plus est, la création d’une association est un parcours du combattant : il faut attendre des années avant d’être légalisé officiellement ou bien il faut souscrire au pouvoir. Je me dis parfois mais qu’est-ce qu’on peut faire dans le Maghreb face à cela ? Autre exemple : la nouvelle loi cadre sur l’aménagement du territoire et le NEPAD (New Partnership for African Development) dont le volet environnement est animé par l’Algérie. Pour le premier, bien qu’il y ait souhait de prise en compte de l’opinion publique, celle-ci n’est dans les faits qu’une mascarade, et pour l’autre, c’est bien simple elle n’existe pas !

Néanmoins, et c’est paradoxal, je vois aujourd’hui une certaine maturité parmi les associations engagées. Il est maintenant plus facile de fédérer le mouvement associatif : c’est ce que fait par exemple l’équipe de la fondation Friedrich Ebert et le projet de forum social algérien. Il y a un désir de coopération plus fort et le climat politique est plus favorable. Cela m’incite à remobiliser le capital social que nous avons au sein de l’AREAD-ED et à relancer la dynamique de l’Alliance autour des thèmes dont j’ai parlé, mais aussi de manière plus large sur ce qui peut refonder la société algérienne. L’écho que vous faites avec Traversées des initiatives des uns et des autres m’y fait penser sérieusement.


Des rêves ? Oui j’en ai plusieurs ! Que chacun se sente partie prenante de son destin et de la société algérienne. Que l’on puisse créer une véritable identité méditerranéenne trop niée et dévalorisée par les Etats-nations et qui n’existe qu’autour de sujets d’ordre « militaire » comme la sécurité et la défense nationale. Que le centre d’interprétation voie le jour sur le Mont Chenoua à 40 km à l’ouest d’Alger. Et avoir un peu de temps pour vivre dans une ferme nichée au milieu des steppes algériennes ! » .



Quelques compléments :

- le site web du programme Enfance et nature
- le site de l’Alliance pour un monde responsable pluriel et solidaire
- Rencontre de jeunes sur la responsabilité des technologies dans les déséquilibres planétaires - fiche d’expérience -> voir
- Rencontre de jeunes sur ’la responsabilité des technologies dans les déséquilibres planétaires’, Oran, Algérie, septembre 1993 - fiche d’expérience ->
voir



Alger - Algérie, le 22 décembre 2004.





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