Passage à l’Acte Sept avec Martin Van der Belen

Martin Van der Belen est un enthousiaste et frétillant volontaire oeuvrant dans l’association Acte Sept sur Bamako. Comme tout volontaire, il poursuit irrémédiablement une pulsion silencieuse : celle d’attiser et de promouvoir l’expression culturelle. Est-ce Acte Sept qui l’a adopté ou l’inverse ? Peu importe, les voici accordés pour mettre la culture et la créativité au service de l’épanouissement collectif.




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« J’aurais du mal à m’engager de cette façon si je ne m’y retrouvais pas par rapport à mon idéal » annonce tranquillement Martin. Alors justement quel est-il cet idéal ? Martin ne répond pas directement, à la limite même il fait des détours, probablement parce que sa destination se situe ailleurs : c’est plutôt sur le chemin qu’il faut se concentrer, et celui-ci importe plus que le lieu à atteindre. A débuter un bon paquet de ses phrases par la formule « en ce sens que... », on sent que le gaillard est en train de nous mener au fond de quelque chose. « La rencontre humaine, la réciprocité, l’altérité, se rapprocher des valeurs de respect, de responsabilité, leur partage et leur renforcement au contact des autres. J’essaye de cultiver cet idéal et d’arriver au meilleur compromis entre ce que je poursuis et ce que je néglige inévitablement dans cette poursuite ». Voici l’équation fournie par Martin lorsqu’il parle de « son » sens et de celui qu’il donne à Acte Sept.


Et Martin de déclarer : « dans les choses qui ne tournent pas rond, bien sûr il y a des inégalités matérielles que l’on connaît dans ce monde, mais aussi les inégalités impalpables, pourtant bien visibles, inhérentes à la culture, à la représentation que l’on se fait de l’autre et de soi-même. Le monde change à une telle vitesse que les cultures n’ont pas le temps d’absorber le mouvement. Des rapports de domination existent. Allez en Inde par exemple, les gens vous regardent les yeux baissés. Je crois qu’il faut construire du dialogue et de la réciprocité et modifier ces relations dominant-dominé, oser la compréhension avec les tripes et le coeur, et relier les gens. Nous débordons aujourd’hui d’informations qui paradoxalement nous voilent les réalités. La culture dans ce contexte est un levier dynamique pour s’épanouir, trouver du sens et se faire de la place aux autres à travers le métissage. Et pour cela, il faut la valoriser ».


On imagine qu’il puisse se sentir à l’unisson au sein de l’association Acte Sept présidée par un féru de la culture africaine, Adama Traoré.

Qu’est-ce donc alors Acte Sept me direz-vous ? Mot à mot : « Acte de Sensibilisation, d’Education et de Promotion Théâtrale ». L’association a vu le jour en 1994, sous l’impulsion de comédiens, de metteurs en scène et de professeurs de l’Institut National des Arts de Bamako. Son but premier était de promouvoir le théâtre auprès de la population malienne, mais très vite les actions de l’association se sont élargies à un soutien généralisé à toutes les pratiques artistiques. L’association a petit à petit su s’imposer et est devenue un acteur de poids, participant pleinement au développement culturel du Mali.

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Les pratiques de l’association découlent d’une conception active et militante de la culture et s’attachent également à relever le défi d’un changement social : « la culture pour Acte Sept est la mémoire d’un peuple et le socle du futur pour les générations montantes. Depuis toujours, la culture africaine ancrée dans l’oralité s’enseigne et se transmet par des contes et des mythologies, par la musique, les danses et le théâtre. Ainsi, il est primordial aujourd’hui de perpétuer et valoriser ces pratiques artistiques, pour ne pas se couper des racines ancestrales, pour éviter l’oubli. Tel est le danger qui plane sur l’Afrique. La culture et les arts sont en effet laissés pour compte. Confrontés à des coûts de production et de diffusion disproportionnés, la création artistique se retrouve trop souvent paralysée. C’est en réaction à ces obstacles et à l’absence de soutien institutionnel à l’épanouissement culturel et artistique du Mali qu’a été créée notre association. Acte Sept entend également contribuer à un développement durable du pays (...) Elle encourage les hommes à se rencontrer et à se parler pour mieux faire tomber les préjugés. Compte tenu du fort taux d’analphabétisme au Mali, le spectacle vivant est un moyen privilégié et efficace d’échanger des idées avec le public, de sensibiliser, d’informer et d’éduquer la population sur des sujets liés à la santé, l’environnement, les femmes... A ce titre, parmi les nombreux projets de sociétés auxquels elle a participé, Acte sept a largement contribué à l’élaboration et la mise en œuvre de la décentralisation au Mali au travers de ses propres créations théâtrales et une participation active à divers colloques et conférences. »

Pour ce faire, l’association s’appuie sur quatre stratégies :

- le soutien aux nouvelles créations artistiques,
- la mobilisation et l’élargissement des publics,
- la participation à la production artistique malienne,
- la contribution à une meilleure diffusion et circulation des œuvres africaines.

Citons quelques extraits de son programme d’activité annuel : sensibilisation théâtrale en milieu scolaire (collège), animation d’un programme de formation, de promotion et d’échanges musicaux avec certains pays du Nord visant à professionnaliser et lancer des artistes maliens ( notamment Oumou Soumaré, Djénéba Diakité, Django Sissoko, Adama Daou et Foï-Foï), ateliers d’écriture d’art dramatique avec de jeunes auteurs maliens, l’édition d’un guide des artistes plasticiens du Mali, l’organisation du fameux festival du Théâtre des Réalités (dont la prochaine édition a lieu en décembre 2004 dans plusieurs villes du Mali), l’appui technique à des opérateurs culturels maliens et enfin, il fallait sans douter, les représentations de la troupe de théâtre « Do » aussi bien sur les scènes françaises que dans les villages maliens...

Du travail de pro, vous l’aurez compris, qui fait de Acte Sept un acteur du changement social et un pilier de la créativité malienne et africaine.



Martin Van der Belen est d’origine belge et a suivi des études de journalisme qu’il a achevées à Paris. Il a ensuite été chef de projet dans l’Ong belge Quinoa implantée notamment en Amérique latine et en Afrique.


NB : un merci très précieux à Coumba Siby du RIPESS sur Dakar (voir le portrait) et à Sébastien Alzerreca (http://www.zoulstory.com) de nous avoir mis en relation d’abord l’un avec l’autre, puis l’autre avec lui. Enfin vous avez compris n’est-ce pas ?

Quelques compléments :

- un dossier de présentation d’Acte Sept (format PDF - 250 Ko) -> télécharger
- le site web de l’animation culturelle de Bamako -> consulter
- une sélection de fiches d’expériences sur le thème "Art et société" extraites de Dialogues pour le Progrès de l’Humanité (format PDF - 300 Ko) -> télécharger
- une sélection de fiches d’expériences portant sur les relations entre la réforme de l’Etat et les données culturelles, extraites de Dialogues pour le Progrès de l’humanité (format PDF - 250 Ko) -> télécharger




Bamako - Mali, le 18 juillet 2004





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